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L'Occident a échoué à sécuriser la mer Rouge, la tâche sera encore plus ardue avec Ormuz
information fournie par Reuters 25/03/2026 à 14:32

par Lisa Baertlein et Jonathan Saul

Les alliés occidentaux qui tentent de négocier un moyen de sécuriser le détroit d'Ormuz pour y permettre le transport d'énergie sont confrontés à une dure réalité : une initiative similaire en mer Rouge a coûté des milliards de dollars et finalement échoué face aux Houthis du Yémen.

Cette expérience - avec quatre navires coulés, plus d'un milliard de dollars dépensés en armes et une route que le secteur maritime évite toujours largement – pèse dans les réflexions sur le détroit d'Ormuz, bien plus complexe, par lequel transite normalement près de 20% de l'approvisionnement mondial en pétrole et gaz naturel liquéfié (GNL) et bloqué par l'Iran, adversaire autrement plus redoutable que les Houthis.

Les menaces de Téhéran sur le détroit et ses attaques contre les infrastructures énergétiques des pays du Golfe voisins ont fait flamber les prix du pétrole, provoquant la plus grave perturbation de l'approvisionnement en pétrole et en gaz de l'Histoire.

Sans réouverture du détroit, les pénuries s'aggraveraient et menaceraient de pousser encore à la hausse les coûts de l'énergie, de même que ceux de l'alimentation et de nombreux produits à travers le monde.

"Il n'y a aucun substitut au détroit d'Ormuz", a déclaré mardi le directeur général de Kuwait Petroleum, cheikh Nawaf Saoud Al Sabah, lors d'un discours virulent prononcé à l'occasion de la conférence sur l'énergie CERAWeek organisée à Houston. "C'est le détroit du monde entier, tant au regard du droit international que de la réalité pratique."

Mardi, les membres du Conseil de sécurité de l'Onu ont négocié des résolutions visant à protéger la voie maritime, certains pays - comme Bahreïn - adoptant une position ferme qui autoriserait "tous les moyens nécessaires" pour la protéger, ce qui pourrait signifier le recours à la force.

DRONES, MINES ET MISSILES

Selon 19 experts en sécurité et en affaires maritimes interrogés par Reuters, les États-Unis et leurs alliés sont confrontés à de multiples défis pour protéger le détroit.

L'Iran dispose en particulier de forces militaires bien plus avancées que celles des Houthis, avec un arsenal de drones bon marché, de mines flottantes et de missiles, ainsi que d'un accès facile, depuis sa côte montagneuse escarpée, à l'étroite voie navigable.

"Défendre les opérations de convois dans le détroit d'Ormuz est nettement plus difficile qu'en mer Rouge", observe le contre-amiral à la retraite Mark Montgomery, qui a participé en 1988 à l'escorte de pétroliers américains à travers le détroit d'Ormuz pendant la guerre Iran-Irak.

Le sujet est une préoccupation majeure pour le président américain Donald Trump, qui cherche à justifier la guerre contre l'Iran avant les élections de mi-mandat de novembre auprès d'électeurs américains confrontés à une inflation généralisée et à la hausse des prix de l'essence.

Or, selon les analystes, la flambée des prix de l'énergie ne devrait pas s'inverser complètement tant que le détroit d'Ormuz ne sera pas rouvert.

Donald Trump est resté évasif quant à l'implication des États-Unis dans la sécurisation du détroit, déclarant d'abord que la marine américaine escorterait les navires en cas de besoin, puis affirmant plus récemment que d'autres pays devraient mener l'effort.

L'Iran a bloqué la plupart des navires dans le détroit d'Ormuz depuis le début des attaques américano-israéliennes contre l'Iran, le 28 février.

"UNE DÉFAITE STRATÉGIQUE" EN MER ROUGE

Téhéran envisage d'imposer des redevances aux navires souhaitant emprunter le détroit, a déclaré un parlementaire iranien aux médias d'État la semaine dernière.

La mission américaine visant à protéger la navigation en mer Rouge contre les Houthis a été lancée en décembre 2023 et des pays européens ont commencé à y participer quelques mois plus tard.

Les alliés ont abattu des centaines de drones et de missiles, mais les Houthis, alliés yéménites de l'Iran, ont tout de même réussi à couler quatre navires en 2024 et 2025.

Les armateurs évitent désormais largement la mer Rouge, qui représentait autrefois 12% du commerce mondial, préférant un voyage beaucoup plus long passant par la Corne de l'Afrique.

L'opération de sécurisation de la mer Rouge a été "un match nul (...), voire une défaite stratégique", a déclaré Joshua Tallis, analyste au Center for Naval Analyses (CNA), un organisme de recherche.

La zone de danger autour du détroit d'Ormuz est jusqu'à cinq fois plus vaste que celle où les Houthis ont mené des attaques autour du détroit de Bab el-Mandeb, qui relie la mer Rouge au golfe d'Aden.

Contrairement aux Houthis, les Gardiens de la révolution islamique constituent en outre une armée professionnelle disposant de ses propres usines d'armement et de financements.

Assurer une escorte dans le détroit nécessiterait jusqu'à une douzaine de grands navires de guerre, tels que des destroyers, appuyés par des avions de chasse, des drones et des hélicoptères afin de remédier aux difficultés posées par le manque d'espace pour manœuvrer, selon des experts militaires.

Une couverture aérienne serait également essentielle pour se protéger contre des drones et des embarcations, avec ou sans équipage, chargées d'explosifs et pouvant facilement se fondre dans le trafic maritime.

LES CÔTES IRANIENNES, ENJEU DE TAILLE

"Un destroyer peut intercepter des missiles, mais il ne peut pas simultanément balayer les mines, contrer des essaims de drones-bateaux provenant de plusieurs directions et gérer des perturbations de GPS", ont souligné les analystes de SSY.

Les experts estiment en outre que les Gardiens de la révolution disposent de stocks de missiles et de drones dissimulés dans des bâtiments et des grottes le long des centaines de kilomètres de côtes escarpées et montagneuses de l'Iran. À certains endroits, le rivage est si proche des navires que des drones pourraient les frapper en seulement cinq à dix minutes.

"Il y a des missiles balistiques, des drones, des mines flottantes, et même si vous parveniez à détruire ces trois types de capacités, il reste des opérations suicide", souligne Adel Bakawan, directeur de l'Institut européen d'études sur le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.

Les mines marines et les mini-sous-marins lourdement armés constituent par ailleurs des menaces auxquelles les États-Unis n'ont pas été confrontés en mer Rouge, relève Tom Sharpe, commandant à la retraite de la Royal Navy, ajoutant que les défis liés à ces menaces sont considérables.

"Si (les Américains) perdent un destroyer dans cette opération (...), cela change complètement la donne. Cela représente 300 personnes", a-t-il souligné en évoquant les pertes potentielles de marins américains.

Il n'existe aucune preuve formelle que l'Iran ait miné le détroit, a déclaré le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth au début du mois, après des informations selon lesquelles Téhéran aurait déployé une douzaine de mines.

Une combinaison d'opérations de déminage, d'escortes militaires et de patrouilles aériennes devrait permettre à terme de rétablir le trafic dans le détroit, selon Bryan Clark, expert au centre de recherche Hudson Institute.

"Il faudra peut-être mener ces opérations pendant des mois avant de parvenir à neutraliser définitivement la menace que représentent les Gardiens de la révolution islamique."

(Reportage Lisa Baertlein, Jonathan Saul, Renée Maltezou, John Irish, Sarah Young, Kate Holton et Abhinav Parmar, version française Benjamin Mallet, édité par Sophie Louet)

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